Faut-il emprunter en francs suisses ?

Depuis que la valeur de l’euro s’écroule face au dollar, les travailleurs frontaliers qui décident de faire un crédit en Suisse se demandent dans quelle monnaie le faire. Car pencher pour un crédit immobilier en franc cuisse ce n’est pas anodin, et si cela a des avantages, il y a aussi des raisons pour l’éviter. Les dangers qui guettent les emprunteurs sont légions. Méfiance donc, et pas d’engagement avant d’avoir mesurer le poids de ses décisions.

Les raisons de ne pas le faire


Souscrire un prêt en devises peut sembler être à première vue une bonne idée. Sauf que. Un travailleur frontalier doit prendre des gants avant de signer le contrat de prêt. Il faut d’abord se demander si acheter en Suisse même est une bonne idée. Pour un frontalier, les biens français offrent à l’heure actuelle de bien meilleures conditions : un taux de crédit très bas, un taux de change très haut pour celui qui perçoit son salaire en francs suisses, et le prix de la pierre qui dévisse. C’est quand même le trio infernal, et il serait dommage de ne pas en profiter.

Reste que les habitudes sont tenaces : le prêt en devise à encore la côte chez les frontaliers comme chez les résidents suisse. Et on comprend facilement pourquoi : en souscrivant cette option, on fait fi du risque de change. Et puis, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, les taux suisse étaient meilleurs que les taux français, sauf que de ce côté là, l’équilibre s’est rétabli. De plus, il faut bien comprendre qu’il y a des risques conséquents quand on choisi de ne pas emprunter en euros.

Les risques liés au change

Ainsi, il ne faut pas avoir une vision à court terme de la chose, en particulier en ce qui concerne le change. Si avoir son salaire et ses remboursements dans la même devis est une bonne chose, il faut intégrer le fait qu’il s’agit d’un bien français, et qu’au moment de s’en séparer, la vente se fera en euros. A ce moment là, les risques liés au change feront leur réapparition. Et parfois, on ne peut pas attendre le meilleur moment pour vendre : divorce, décès… Les accidents de parcours sont nombreux et imprévisibles. Et le risque est d’autant plus grand que la durée de l’emprunt est longue. Et ce n’est pas en allant voir un astrologue que vous en serez plus.

Pour un propriétaire qui souhaite mettre son bien en location, c’est encore une autre histoire, mais pas forcément meilleure, loin de là. En effet, le loyer sera payé en euro, puisque l’appartement ou la maison est en France. C’est la loi, même si on loue à un suisse. Les risques liés au change seront donc pour la pomme du propriétaire. C’est dangereux, surtout s’il y a un crédit à rembourser d’ailleurs, comme c’est le cas pour la plupart des investisseurs.

Enfin, ne négligeons pas les assurances, qui ne sont pas les dernières à nous jouer des mauvais tout au moment où on en a besoin. Si celle du bien est en euros, là encore, la différence avec le CHF se fera sentir en fonction du taux de change.

Les risques liés au temps qui passe

Nul ne sait ni le jour ni l’heure. Un frontalier doit se méfier de tout, en particulier de sa perte d’emploi, qui peut arriver comme pour tout un chacun. Dans ce cas là, il touchera ses assedics en France, et ils ne seront pas en CHF ! Le chômage n’est pas forcément la bonne période pour supporter des risques liés au change, donc méfiance, car l’indemnité chômeur  française ne devrait pas être la même que le salaire suisse. Déjà que la chute du niveau de vie va lui mettre en coup derrière la tête, ce n’est pas la peine d’en rajouter.

Pensons aussi au rachat de prêt. Pour diverses raisons, on peut avoir besoin de faire racheter son crédit immobilier. Soit on a trouvé un meilleur taux ailleurs, soit on a besoin d’une petite rallonge ou de faire diminuer ses mensualités. Avec la différence entre les devises, il est possible que l’opération ne puisse se faire.

Les prêts en euro se défendent bien


Non la devise de l’union européenne n’est pas encore morte ! Choisir le franc suisse ne fait plus faire d’économies par rapport à l’euro, surtout si on est obligé de revendre son bien avant d’avoir remboursé son crédit, ce que font au final la plupart des personnes, même s’il s’agit de leur résidence principale. Dans tous le cas, au moment de faire pencher la balance d’un côté ou d’un autre, il faut bien peser les arguments des deux, et ne pas avoir une simple vision court-termiste.

taux de change franc suisse

Il faut donc se méfier des appels alléchants des banques frontalières qui mettent en avant l’emprunt immo en CHF. Il y a des propriétaires qui s’en mordent les doigts, surtout depuis que le franc suisse a grimpé. Car les frontaliers qui travaillent du côté suisse ont le choix, même s’il s’agit d’acheter en France. En fait, tout va dépendre de la différence de taux et du nombre d’années pendant lesquelles le bien va être conservé. Mais plus on avance dans le remboursement du crédit, et moins le risque de perdre de l’argent sera important. Reste le facteur X : celui de l’évolution du taux de change.

A chaque situation son prêt

Loin de nous l’idée de défendre l’un ou l’autre des deux choix. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. L’âge des acheteurs, mais aussi la nature du bien peuvent faire pencher la balance. S’il s’agit d’un achat familial, d’une grande maison, ou d’un appartement pour passer ses vieux jours, l’option d’un prêt en devises peut être la bonne solution. A l’opposé, un jeune couple d’actifs dont c’est le premier achat (un T2 par exemple) aura plutôt intérêt  à pencher pour l’euro. Car dès que la famille va s’agrandir, il faudra déménager, même avec un crédit en cours. N’oublions pas non plus la loi Pinel, qui permet de faire de grosses économies d’impôts en ce moment.

Des français piégés


Ceux qui n’ont pas été prévenus du danger se sont retrouvés piégés lorsque la monnaie helvétique a grimpé suite à la décision récente de la BNS. Les plus malchanceux ont vu leur capital à rembourser augmenter de moitié ! Raison pour laquelle, avant de contracter un prêt en francs suisses, il faut y réfléchir à 2 fois.

Heureusement (enfin façon de parler), certains produits financiers proposés permettent de rembourser toujours la même mensualité, même si le CHF bouge. Si c’est la devise suisse qui vous intéresse, c’est ce genre de formule qu’il faut examiner de près. Toutefois, si ce n’est le montant qui augmente, c’est la durée. Donc au final, si cela permet de ne pas se laisser déborder par une hausse inconsidérée, la somme à sortir sera la même. Bad news de toute façon. Enfin, il arrive qu’un retour à un prêt en euros soit possible, au bout d’X temps. Mais la perte générée jusque là restera la même. Les banques ont donc leur rôle à jouer quant à l’information qu’elles donnent à leurs clients. Celle-ci doit être sans failles, et très clair, pour permettre à de nombreuses familles de ne pas connaître le même cauchemar qui a été vécu par d’autres il n’y a pas si longtemps que cela.

Vous êtes frontalier ? Vous travaillez en Suisse ? Vous aller faire un prêt pour un achat en France ? Vous hésiter entre l’euro et le CHF ? Notre conseil : prenez votre temps, et ne signez pas n’importe quoi !