Le gérant de fortune indépendant est l’option la moins connue des épargnants français, et souvent la plus adaptée à ceux dont le patrimoine n’atteint pas les seuils des grandes maisons genevoises. Il gère votre portefeuille sans appartenir à une banque : c’est vous qui choisissez l’établissement dépositaire, lui qui pilote la stratégie.
Ce métier a connu une transformation profonde en 2023, largement passée sous silence par les contenus francophones : il est désormais soumis à autorisation et surveillance, au même titre qu’une banque. Cette page explique ce que ce changement vous apporte concrètement, comment vérifier un professionnel en deux minutes, et quelles questions poser avant de signer.
Comment fonctionne un gérant indépendant
Le mécanisme repose sur une séparation qui constitue son principal atout. Vos avoirs restent déposés auprès d’une banque dépositaire, choisie avec vous. Le gérant reçoit une procuration de gestion, qui l’autorise à prendre des décisions de placement dans le cadre de la stratégie convenue, mais jamais à retirer vos fonds ni à les transférer vers un tiers.
Cette architecture a une conséquence directe : le gérant n’a pas de gamme de produits maison à placer. Il sélectionne librement les supports d’investissement, ce qui écarte structurellement le conflit d’intérêts propre aux établissements qui distribuent leurs propres fonds. C’est la différence de fond avec le mandat confié à une banque privée, dont nous détaillons les limites dans notre classement des banques privées suisses.
Cette liberté de sélection vaut aussi pour le dépositaire : si la relation bancaire se dégrade, vous pouvez changer d’établissement sans changer de gérant. L’inverse est également vrai. Vous n’êtes captif ni de l’un, ni de l’autre.
Ce que la réforme de 2023 a changé
C’est le point le plus important de cette page, et celui que la plupart des contenus francophones n’ont pas intégré.
Jusqu’à cette date, les gérants de fortune indépendants n’étaient surveillés qu’au titre de la lutte contre le blanchiment. Depuis le 1er janvier 2023, la loi sur les établissements financiers impose à quiconque gère des avoirs de tiers à titre professionnel d’obtenir une autorisation de la FINMA et de s’affilier à un organisme de surveillance agréé, chargé d’un contrôle continu. S’y ajoutent des exigences d’organisation, de solidité financière et de fonds propres minimaux.
La loi sur les services financiers, entrée en vigueur en parallèle, fixe les règles de comportement envers la clientèle : information, diligence, vérification du caractère approprié et adéquat des placements proposés, exécution des transactions aux meilleures conditions, et surtout obligation de divulguer les rétrocessions perçues et d’obtenir l’accord du client sur celles-ci.
Pour vous, l’effet est double. La profession s’est assainie, une partie des acteurs ayant renoncé plutôt que de se soumettre au nouveau régime. Et vous disposez désormais d’un critère de vérification objectif : l’autorisation existe ou elle n’existe pas.
Pour qui cette solution a du sens
Points forts
- Un patrimoine sous les seuils réels des grandes maisons genevoises
- La volonté d'une sélection de produits réellement libre, sans gamme maison
- Le souhait d'un interlocuteur unique et stable sur la durée
- Une situation qui demande de combiner plusieurs dépositaires ou juridictions
Points faibles
- La recherche d'une marque prestigieuse plutôt que d'un service
- Un besoin de services bancaires courants, qu'un gérant ne fournit pas
- Un patrimoine modeste, que les frais de gestion pénaliseraient
- L'absence de temps ou d'envie pour vérifier sérieusement un professionnel
La dernière ligne mérite une explication. Contrairement à une grande enseigne, dont la réputation constitue une forme de garantie, un gérant indépendant se choisit sur dossier. L’écart de qualité entre professionnels est le plus large de tout le secteur, et la sélection vous incombe. Si vous n’êtes pas disposé à consacrer plusieurs entretiens à ce choix, une structure établie sera un choix plus prudent.
Les cinq questions à poser avant de signer
Voici la grille que nous recommandons, dans l’ordre. Les réponses aux deux premières sont éliminatoires.
- Êtes-vous autorisé par la FINMA, et auprès de quel organisme de surveillance êtes-vous affilié ? À vérifier ensuite dans le registre public, sans exception.
- Comment êtes-vous rémunéré, et percevez-vous des rétrocessions ? La loi impose leur divulgation. Demandez si elles sont conservées ou restituées, et faites-le écrire dans le mandat.
- Quelles banques dépositaires proposez-vous, et pourquoi celles-là ? Un gérant qui n’en propose qu’une seule doit expliquer ce lien exclusif.
- Qui gérera concrètement mon dossier, et depuis combien de temps est-il en poste ? Dans une structure de petite taille, la réponse est souvent votre interlocuteur lui-même, ce qui est un avantage.
- Que se passe-t-il si je souhaite mettre fin au mandat ? Délais, frais de sortie et modalités de transfert doivent figurer noir sur blanc.
Un professionnel sérieux répondra à ces cinq questions sans hésiter, et vous remettra les documents correspondants. L’embarras sur l’une d’elles, en particulier la deuxième, vous en apprendra davantage que n’importe quelle plaquette commerciale.
Le sujet des rétrocessions
C’est le point qui distingue un gérant réellement indépendant d’un distributeur déguisé. Une rétrocession est une commission versée au gérant par le fournisseur d’un produit qu’il place dans votre portefeuille. Elle crée une incitation à privilégier les supports les mieux rémunérés plutôt que les plus adaptés.
La réglementation suisse impose désormais leur divulgation et l’accord du client. Trois pratiques coexistent donc : les gérants qui restituent intégralement les rétrocessions et facturent uniquement des honoraires, ceux qui les conservent après information, et ceux qui pratiquent un modèle mixte. Aucune n’est illégale, mais la première est structurellement la plus alignée avec votre intérêt.
Demandez systématiquement, en francs et non en pourcentage, ce que la relation vous coûtera sur une année complète, tous frais confondus : honoraires de gestion, droits de garde du dépositaire, frais de transaction, frais de change. C’est ce total qui grèvera votre performance, pas le taux affiché en première page.
Gérant indépendant ou banque privée
Les deux formules répondent au même besoin par des chemins opposés. La banque privée apporte une marque, des moyens de recherche, une gamme complète et une couverture internationale ; elle impose en contrepartie des seuils élevés, une architecture rarement ouverte à cent pour cent et un suivi qui se standardise à mesure que l’établissement grandit.
Le gérant indépendant apporte une sélection libre, un interlocuteur stable et une accessibilité supérieure ; il exige en retour un travail de vérification sérieux et n’offre ni services bancaires, ni la sécurité psychologique d’une enseigne connue.
Notre position : en dessous des seuils réels des grandes maisons, le gérant indépendant autorisé est généralement le meilleur rapport entre qualité de suivi et coût. Au-delà, la question se pose au cas par cas, et rien n’interdit de combiner les deux approches sur des poches distinctes de patrimoine.
Pour aller plus loin
- Le classement des banques privées suissesSeuils d’entrée réels, frais complets et conflits d’intérêts, maison par maison.Voir le classement
- Les banques privées de la place de GenèveBanques privées, banquiers privés et filiales étrangères : qui est qui.Voir la liste
- Ouvrir un compte en SuisseLa démarche pour constituer la relation avec la banque dépositaire.Voir la procédure
- Placer une somme importante en SuisseRépartition, garantie des dépôts et choix de la structure selon le montant.Lire le dossier
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un gérant de fortune indépendant ?
C’est un professionnel qui gère votre portefeuille sans appartenir à une banque. Vos avoirs restent déposés auprès d’un établissement dépositaire que vous choisissez, et le gérant dispose d’une procuration lui permettant de prendre des décisions de placement dans le cadre de la stratégie convenue, sans jamais pouvoir retirer vos fonds. N’ayant pas de gamme de produits maison à placer, il sélectionne librement les supports d’investissement.
Un gérant indépendant est-il contrôlé ?
Oui, et cela a profondément changé. Depuis le 1er janvier 2023, toute personne gérant des avoirs de tiers à titre professionnel en Suisse doit obtenir une autorisation de la FINMA et s’affilier à un organisme de surveillance agréé assurant un contrôle continu. S’y ajoutent des exigences d’organisation et de fonds propres. Avant cette réforme, la profession n’était surveillée qu’au titre de la lutte contre le blanchiment.
Comment vérifier qu'un gérant est autorisé ?
La FINMA publie un registre des établissements et personnes autorisés, consultable gratuitement en ligne. Recherchez-y la raison sociale exacte de la société, et non son nom commercial ou celui de votre interlocuteur. Demandez également le nom de l’organisme de surveillance auquel elle est affiliée. Une affiliation à une association professionnelle ne remplace pas l’autorisation : ce sont deux choses distinctes.
Quel patrimoine faut-il pour faire appel à un gérant indépendant ?
Les seuils sont généralement inférieurs à ceux des grandes maisons genevoises, ce qui constitue précisément l’intérêt de cette formule pour un patrimoine intermédiaire. Ils varient fortement d’une structure à l’autre et se discutent lors du premier contact. En dessous d’un certain montant, les frais de gestion pèsent toutefois trop lourd sur la performance : posez la question du coût annuel total en francs avant de vous engager.
Qu'est-ce qu'une rétrocession, et pourquoi est-ce important ?
C’est une commission versée au gérant par le fournisseur d’un produit placé dans votre portefeuille. Elle crée une incitation à privilégier les supports les mieux rémunérés plutôt que les plus adaptés à votre situation. La loi suisse impose désormais leur divulgation et l’accord du client. Certains gérants les restituent intégralement et ne facturent que des honoraires : c’est le modèle le plus aligné avec votre intérêt.
Puis-je changer de banque dépositaire sans changer de gérant ?
Oui, et c’est l’un des avantages structurels de cette formule. Le gérant et le dépositaire étant deux entités distinctes, vous pouvez faire évoluer l’une sans remettre en cause l’autre. Vérifiez néanmoins dès la signature les modalités et les frais associés à un transfert, ainsi que les conditions de résiliation du mandat de gestion : ces éléments doivent figurer explicitement au contrat.
Un résident français peut-il faire appel à un gérant suisse ?
Oui, sous réserve d’ouvrir la relation avec une banque dépositaire acceptant les non-résidents, ce qui reste la première difficulté pratique. Le compte devra être déclaré chaque année à l’administration fiscale française, et les revenus produits resteront imposables en France selon les règles françaises. Vérifiez également que le gérant a l’habitude des clients français et de leurs contraintes déclaratives.
Notre méthode
Les éléments réglementaires de cette page proviennent des textes suisses en vigueur et des publications officielles relatives à leur mise en œuvre. Nous ne recommandons aucun gérant nommément, pour une raison de fond : la qualité d’une relation de gestion dépend de l’adéquation entre un professionnel et une situation patrimoniale précise, qu’aucun classement générique ne peut établir. Nous préférons vous donner la méthode de vérification, qui reste valable quel que soit l’interlocuteur.
Nous ne sommes apporteur d’affaires d’aucun gérant et ne percevons aucune rémunération liée à cette page. Pour situer cette solution parmi les autres options disponibles, consultez notre page de référence sur les différentes façons de placer son patrimoine en Suisse.






