gérant de fortune

Gérant de fortune indépendant en Suisse : choisir et vérifier

Le gérant de fortune indépendant est l’option la moins connue des épargnants français, et souvent la plus adaptée à ceux dont le patrimoine n’atteint pas les seuils des grandes maisons genevoises. Il gère votre portefeuille sans appartenir à une banque : c’est vous qui choisissez l’établissement dépositaire, lui qui pilote la stratégie.

Ce métier a connu une transformation profonde en 2023, largement passée sous silence par les contenus francophones : il est désormais soumis à autorisation et surveillance, au même titre qu’une banque. Cette page explique ce que ce changement vous apporte concrètement, comment vérifier un professionnel en deux minutes, et quelles questions poser avant de signer.

L'essentiel
Depuis le 1er janvier 2023, tout gérant de fortune exerçant à titre professionnel en Suisse doit détenir une autorisation de la FINMA.
Il doit également s’affilier à un organisme de surveillance agréé, qui contrôle son activité en continu.
Fin 2025, la FINMA avait autorisé 1 664 gérants de fortune et trustees ; elle en surveille aujourd’hui environ 1 600, par l’intermédiaire de quatre organismes de surveillance.
La loi impose de divulguer les rétrocessions perçues et d’obtenir l’accord du client sur celles-ci.
Le gérant ne détient jamais vos avoirs : ils restent déposés auprès d’une banque que vous choisissez.

Comment fonctionne un gérant indépendant

Le mécanisme repose sur une séparation qui constitue son principal atout. Vos avoirs restent déposés auprès d’une banque dépositaire, choisie avec vous. Le gérant reçoit une procuration de gestion, qui l’autorise à prendre des décisions de placement dans le cadre de la stratégie convenue, mais jamais à retirer vos fonds ni à les transférer vers un tiers.

Cette architecture a une conséquence directe : le gérant n’a pas de gamme de produits maison à placer. Il sélectionne librement les supports d’investissement, ce qui écarte structurellement le conflit d’intérêts propre aux établissements qui distribuent leurs propres fonds. C’est la différence de fond avec le mandat confié à une banque privée, dont nous détaillons les limites dans notre classement des banques privées suisses.

Cette liberté de sélection vaut aussi pour le dépositaire : si la relation bancaire se dégrade, vous pouvez changer d’établissement sans changer de gérant. L’inverse est également vrai. Vous n’êtes captif ni de l’un, ni de l’autre.

Gérant de fortune, conseiller en placement, conseiller en patrimoine : trois métiers

Chercher un « conseiller en gestion de patrimoine à Genève » mène à des professionnels qui n’exercent pas le même métier, ne relèvent pas des mêmes règles et n’offrent pas les mêmes garanties. La différence tient à une question simple : qui décide des placements ?

Gérant de fortune (Suisse)Conseiller en placement (Suisse)Conseiller en gestion de patrimoine (France)
Ce qu’il faitGère votre portefeuille sur procuration et décide des opérationsVous recommande des placements ; c’est vous qui décidezConseille sur l’ensemble du patrimoine : placements, fiscalité, transmission
AutorisationAutorisation de la FINMA et affiliation à un organisme de surveillanceAucune autorisation ; inscription au registre des conseillers s’il n’est pas surveillé ou s’il est étrangerStatut français de conseiller en investissements financiers, immatriculé à l’ORIAS
Où le vérifierRegistre public de la FINMARegistre des conseillersRegistre de l’ORIAS

Cette page traite du premier, le seul à qui vous confiez réellement la conduite de vos placements. Genève concentre une part importante de la profession : deux des quatre organismes de surveillance agréés par la FINMA y ont leur siège. Pour un résident français, le conseiller en gestion de patrimoine installé en France reste souvent l’interlocuteur le plus simple ; il ne remplace pas un gérant, mais il peut vous aider à décider s’il vous en faut un.

Ce que la réforme de 2023 a changé

C’est le point le plus important de cette page, et celui que la plupart des contenus francophones n’ont pas intégré.

Jusqu’à cette date, les gérants de fortune indépendants n’étaient surveillés qu’au titre de la lutte contre le blanchiment. Depuis le 1er janvier 2023, la loi sur les établissements financiers impose à quiconque gère des avoirs de tiers à titre professionnel d’obtenir une autorisation de la FINMA et de s’affilier à un organisme de surveillance agréé, chargé d’un contrôle continu. S’y ajoutent des exigences d’organisation, de solidité financière et de fonds propres minimaux.

La loi sur les services financiers, entrée en vigueur en parallèle, fixe les règles de comportement envers la clientèle : information, diligence, vérification du caractère approprié et adéquat des placements proposés, exécution des transactions aux meilleures conditions, et surtout obligation de divulguer les rétrocessions perçues et d’obtenir l’accord du client sur celles-ci.

Pour vous, l’effet est double. La profession s’est assainie, une partie des acteurs ayant renoncé plutôt que de se soumettre au nouveau régime. Et vous disposez désormais d’un critère de vérification objectif : l’autorisation existe ou elle n’existe pas.

Vérifier un gérant : quatre contrôles avant le premier rendez-vous

Ces vérifications prennent un quart d’heure et sont gratuites. Aucun intermédiaire sérieux ne s’en offusquera.

  1. Le registre de la FINMA. Cherchez la raison sociale exacte de la société dans le registre des établissements autorisés, puis comparez l’adresse et le site internet avec ceux de votre interlocuteur. Les escrocs reprennent souvent le nom d’une société autorisée avec d’autres coordonnées.
  2. L’organisme de surveillance. Depuis la fusion d’OSFIN et de FINcontrol Suisse fin 2025, il n’en reste que quatre : AOOS à Zurich, OSIF à Genève, OSFINcontrol à Zoug et SO-FIT à Genève. Demandez auquel le gérant est affilié ; un nom absent de cette liste doit mettre fin à la discussion.
  3. L’organe de médiation. Tout prestataire de services financiers doit être affilié à un organe de médiation reconnu par le Département fédéral des finances, qui en publie la liste. C’est votre recours en cas de litige, peu coûteux voire gratuit. Le Département met en garde contre de faux organes aux noms trompeurs, comme « Ombudsman Financial Services ».
  4. La liste d’avertissement de la FINMA. Elle recense les sociétés qui exercent sans autorisation ou usurpent une identité. Vérifiez-y le nom de la société et l’adresse de son site.

Ce que la FINMA a constaté en 2025

L’autorisation ne vaut pas brevet de qualité. Dans son rapport annuel 2025, la FINMA indique avoir placé un nombre croissant de gérants et de trustees sous surveillance intensive entre 2023 et 2025. Elle décrit des gérants qui ont investi l’argent de leurs clients dans des placements peu liquides, par l’intermédiaire de fonds étrangers sans surveillance équivalente, de sociétés d’émission non réglementées ou de produits structurés, sans vérifier suffisamment leur adéquation au profil des clients ni signaler leurs conflits d’intérêts avec les émetteurs. Elle relève aussi qu’environ 63 % des gérants confient à un prestataire externe au moins une fonction de contrôle, en gestion des risques ou en conformité.

D’où une question à ajouter aux cinq ci-dessous : quelle part de mon portefeuille pourrait être investie dans des placements non cotés, peu liquides, ou émis par une société liée à vous ? La réponse attendue est chiffrée, écrite, et assortie d’un plafond dans le mandat.

Pour qui cette solution a du sens

Points forts

  • Un patrimoine sous les seuils réels des grandes maisons genevoises
  • La volonté d'une sélection de produits réellement libre, sans gamme maison
  • Le souhait d'un interlocuteur unique et stable sur la durée
  • Une situation qui demande de combiner plusieurs dépositaires ou juridictions

Points faibles

  • La recherche d'une marque prestigieuse plutôt que d'un service
  • Un besoin de services bancaires courants, qu'un gérant ne fournit pas
  • Un patrimoine modeste, que les frais de gestion pénaliseraient
  • L'absence de temps ou d'envie pour vérifier sérieusement un professionnel

La dernière ligne mérite une explication. Contrairement à une grande enseigne, dont la réputation constitue une forme de garantie, un gérant indépendant se choisit sur dossier. L’écart de qualité entre professionnels est le plus large de tout le secteur, et la sélection vous incombe. Si vous n’êtes pas disposé à consacrer plusieurs entretiens à ce choix, une structure établie sera un choix plus prudent.

Les cinq questions à poser avant de signer

Voici la grille que nous recommandons, dans l’ordre. Les réponses aux deux premières sont éliminatoires.

  • Êtes-vous autorisé par la FINMA, et auprès de quel organisme de surveillance êtes-vous affilié ? À vérifier ensuite dans le registre public, sans exception.
  • Comment êtes-vous rémunéré, et percevez-vous des rétrocessions ? La loi impose leur divulgation. Demandez si elles sont conservées ou restituées, et faites-le écrire dans le mandat.
  • Quelles banques dépositaires proposez-vous, et pourquoi celles-là ? Un gérant qui n’en propose qu’une seule doit expliquer ce lien exclusif.
  • Qui gérera concrètement mon dossier, et depuis combien de temps est-il en poste ? Dans une structure de petite taille, la réponse est souvent votre interlocuteur lui-même, ce qui est un avantage.
  • Que se passe-t-il si je souhaite mettre fin au mandat ? Délais, frais de sortie et modalités de transfert doivent figurer noir sur blanc.

Un professionnel sérieux répondra à ces cinq questions sans hésiter, et vous remettra les documents correspondants. L’embarras sur l’une d’elles, en particulier la deuxième, vous en apprendra davantage que n’importe quelle plaquette commerciale.

Le sujet des rétrocessions

C’est le point qui distingue un gérant réellement indépendant d’un distributeur déguisé. Une rétrocession est une commission versée au gérant par le fournisseur d’un produit qu’il place dans votre portefeuille. Elle crée une incitation à privilégier les supports les mieux rémunérés plutôt que les plus adaptés.

La réglementation suisse impose désormais leur divulgation et l’accord du client. Trois pratiques coexistent donc : les gérants qui restituent intégralement les rétrocessions et facturent uniquement des honoraires, ceux qui les conservent après information, et ceux qui pratiquent un modèle mixte. Aucune n’est illégale, mais la première est structurellement la plus alignée avec votre intérêt.

Demandez systématiquement, en francs et non en pourcentage, ce que la relation vous coûtera sur une année complète, tous frais confondus : honoraires de gestion, droits de garde du dépositaire, frais de transaction, frais de change. C’est ce total qui grèvera votre performance, pas le taux affiché en première page.

Gérant indépendant ou banque privée

Les deux formules répondent au même besoin par des chemins opposés. La banque privée apporte une marque, des moyens de recherche, une gamme complète et une couverture internationale ; elle impose en contrepartie des seuils élevés, une architecture rarement ouverte à cent pour cent et un suivi qui se standardise à mesure que l’établissement grandit.

Le gérant indépendant apporte une sélection libre, un interlocuteur stable et une accessibilité supérieure ; il exige en retour un travail de vérification sérieux et n’offre ni services bancaires, ni la sécurité psychologique d’une enseigne connue.

Notre position : en dessous des seuils réels des grandes maisons, le gérant indépendant autorisé est généralement le meilleur rapport entre qualité de suivi et coût. Au-delà, la question se pose au cas par cas, et rien n’interdit de combiner les deux approches sur des poches distinctes de patrimoine.

Résident français : ce que le gérant suisse a le droit de faire

Un gérant de fortune suisse n’est pas habilité à proposer ses services en France. Il ne peut accepter un client français que si la démarche vient de ce client, de sa propre initiative, et l’Autorité des marchés financiers interprète cette exception de façon stricte : elle ne permet pas au gérant de vous proposer ensuite d’autres produits ou services. Un gérant suisse qui vous contacte spontanément, par téléphone, par courriel ou par une publicité ciblée, vous signale donc soit une pratique irrégulière, soit une usurpation d’identité.

La première difficulté pratique reste la banque dépositaire, qui doit accepter les non-résidents. Le compte qu’elle tient se déclare chaque année sur le formulaire 3916, et les revenus produits restent imposables en France, selon les règles françaises. Choisissez donc un gérant habitué aux clients français, capable de fournir chaque année les éléments nécessaires à votre déclaration.

Si le gérant disparaît, ou si la banque fait faillite

C’est la force du modèle : le gérant ne détient jamais vos avoirs. Sa procuration lui permet de passer des ordres, pas de retirer des fonds ni de les virer à un tiers. S’il cesse son activité, fait faillite ou disparaît, votre portefeuille reste intact à la banque dépositaire, et vous pouvez confier un nouveau mandat à un autre gérant.

Si c’est la banque dépositaire qui fait faillite, vos titres, actions, obligations ou fonds, sont retirés de la masse et vous sont restitués ; seules les liquidités constituent une créance, garantie jusqu’à 100 000 francs par client et par banque. Une question reste à poser, car beaucoup de petites structures reposent sur une ou deux personnes : qui reprend la gestion de mon mandat si vous n’êtes plus en mesure de l’exercer ?

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel patrimoine faut-il pour faire appel à un gérant indépendant ?

Les seuils sont généralement inférieurs à ceux des grandes maisons genevoises, ce qui constitue précisément l’intérêt de cette formule pour un patrimoine intermédiaire. Ils varient fortement d’une structure à l’autre et se discutent lors du premier contact. En dessous d’un certain montant, les frais de gestion pèsent toutefois trop lourd sur la performance : posez la question du coût annuel total en francs avant de vous engager.

Qu'est-ce qu'un multi-family office ?

C’est une structure qui gère le patrimoine de plusieurs familles, en y ajoutant souvent la coordination fiscale, juridique et successorale. Dès lors qu’il gère des avoirs de familles tierces, un multi-family office est un gérant de fortune au sens de la loi et doit être autorisé par la FINMA. Seul le single family office, qui ne sert qu’une famille, en est dispensé. Le terme n’est donc pas un gage de qualité supérieure : les mêmes vérifications s’appliquent.

Que faire en cas de litige avec son gérant ?

Adressez d’abord une réclamation écrite au gérant. Sans réponse satisfaisante, saisissez l’organe de médiation auquel il est affilié, obligatoirement l’un de ceux reconnus par le Département fédéral des finances. La procédure est peu coûteuse, voire gratuite, pour le client, et elle n’empêche pas d’agir ensuite en justice. Un manquement grave aux règles de la profession peut aussi être signalé à l’organisme de surveillance du gérant.

Notre méthode

Les éléments réglementaires de cette page proviennent des textes suisses en vigueur et des publications officielles relatives à leur mise en œuvre, en particulier le rapport annuel 2025 de la FINMA et la liste des organismes de surveillance qu’elle publie. Mise à jour le 26 septembre 2026, elle regroupe aussi plusieurs anciens articles du site consacrés aux cabinets de gestion de fortune de Genève et de Lausanne, dont les informations n’étaient plus à jour. Nous ne recommandons aucun gérant nommément, pour une raison de fond : la qualité d’une relation de gestion dépend de l’adéquation entre un professionnel et une situation patrimoniale précise, qu’aucun classement générique ne peut établir. Nous préférons vous donner la méthode de vérification, qui reste valable quel que soit l’interlocuteur.

Nous ne sommes apporteur d’affaires d’aucun gérant et ne percevons aucune rémunération liée à cette page. Pour situer cette solution parmi les autres options disponibles, consultez notre page de référence sur les différentes façons de placer son patrimoine en Suisse.