Épargner en Suisse : quels taux pour un compte épargne en 2026 ?

Épargner en Suisse évoque encore des taux généreux et une banque à l’abri de tout. La réalité de 2026 est plus prosaïque : la Banque nationale suisse maintient son taux directeur à 0 % depuis juin 2025, et un compte épargne ordinaire rapporte entre 0 % et 0,1 % dans les grandes banques du pays. Les meilleures offres atteignent 0,6 % à 1 %, à condition d’accepter des plafonds et des retraits limités.

Cette page présente les taux relevés en septembre 2026, puis fait ce qu’aucun comparatif ne fait : le calcul complet pour un épargnant qui vit en France, une fois comptés les frais, le change et l’impôt. Elle traite aussi des faux « livrets suisses » à haut rendement, qui sont aujourd’hui l’un des principaux pièges tendus aux épargnants français.

La réponse courte : si vous résidez en Suisse, comparer les comptes épargne a du sens, et l’écart entre 0 % et 0,6 % se chiffre en dizaines de francs par an. Si vous résidez en France, un compte épargne suisse rapporte moins qu’un Livret A, avant même les frais de non-résident, qui suffisent à rendre le rendement négatif. Il peut servir à détenir des francs suisses ou à répartir un risque bancaire, jamais à mieux rémunérer son épargne.

L'essentiel avant de comparer
En septembre 2026, un compte épargne suisse rapporte entre 0 % et 0,1 % dans les grandes banques, et 1 % au mieux, avec des retraits limités.
Après une inflation de 0,8 % sur un an, le rendement réel de la plupart des comptes est négatif.
Pour un résident français, les frais de non-résident, souvent 300 à 500 francs par an, dépassent les intérêts.
Le livret suisse n’existe pas : une offre de livret suisse à 5 % ou 6 % est le signe d’une escroquerie.
Un compte en Suisse sert à détenir des francs ou à répartir un risque bancaire, pas à mieux rémunérer son épargne.

Les taux des comptes épargne suisses en septembre 2026

Le tableau ci-dessous reprend les taux de base publiés par les banques et relevés par les comparateurs suisses entre le 1er et le 22 septembre 2026. Ce sont des taux variables, que chaque banque peut modifier à tout moment, et ils concernent des comptes en francs suisses.

Banque et compteTaux annuelCe qu’il faut savoir
Caisse d’Épargne d’Aubonne1,00 %Retraits limités à 10 000 francs par an
Valiant, compte épargne Extra0,81 %Conditions de versement et de retrait propres au produit
Caisse d’Épargne Riviera0,50 % à 0,80 %Le taux dépend du compte choisi et de ses conditions de retrait
Cembra, compte épargne Plus0,60 %0,25 % sur le compte standard
Banque Migros, compte Bonus0,60 %0,05 % sur le compte épargne ordinaire
Swissquote, Save Easy0,10 %Jusqu’à 100 000 francs
UBS, compte épargne0,05 %Jusqu’à 50 000 francs
Raiffeisen, BCV0,025 %Taux de base
PostFinance, neon, Yuh0 %Aucune rémunération de l’épargne

Sources : comparatifs bonus.ch (22 septembre 2026), VZ VermögensZentrum et bonasavoir.ch (1er septembre 2026), barème UBS (24 juin 2026). En janvier 2026, le comparateur Moneyland évaluait la moyenne de 133 comptes épargne proposés par 85 banques à 0,11 %.

Le taux affiché n’est pas toujours le taux obtenu

Les meilleurs taux s’accompagnent presque toujours d’une contrepartie. Les comptes « Plus » ou « Bonus » réservent leur taux aux sommes restées sur le compte sans retrait, ou au-delà d’un certain solde. D’autres plafonnent les retraits annuels et imposent un préavis de plusieurs mois pour les montants supérieurs. Beaucoup appliquent un taux dégressif : au-delà d’un seuil, souvent 50 000 ou 100 000 francs, la part excédentaire est moins rémunérée, voire pas du tout. Avant de comparer deux taux, vérifiez donc sur quelle part de votre épargne il s’applique et à quel prix vous pourrez la récupérer.

Pourquoi les taux suisses sont si bas

Les banques rémunèrent l’épargne en fonction du taux directeur de leur banque centrale. La Banque nationale suisse l’a ramené à 0 % en juin 2025 et l’a maintenu à ce niveau lors de sa décision du 25 septembre 2026, avec une inflation comprise entre 0,7 % et 0,8 %. La demande de francs suisses, recherchés comme valeur refuge, entretient aussi une abondance de dépôts que les banques n’ont aucune raison de payer cher. Ce n’est pas nouveau : même en 2013, les comptes épargne suisses rapportaient déjà moins que les livrets français.

Le rendement réel est négatif, même pour un résident suisse

Un taux se juge après inflation. En août 2026, les prix à la consommation avaient augmenté de 0,8 % sur un an en Suisse selon l’Office fédéral de la statistique, et la Banque nationale prévoit 0,7 % sur l’ensemble de 2026. Un compte rémunéré à 0,05 % perd donc environ 0,75 % de pouvoir d’achat par an. Même le meilleur taux du marché, à 1 %, ne laisse qu’un gain réel de l’ordre de 0,2 %, en échange d’une épargne bloquée au-delà de 10 000 francs par an.

Le compte épargne suisse remplit donc une fonction de réserve, pas de placement. Il sert à conserver une somme disponible, en francs, dans une banque solide. Pour faire fructifier une épargne de long terme, il faut regarder d’autres supports, qui comportent tous un risque de perte.

Épargner en Suisse quand on vit en France : le calcul complet

Prenons 10 000 euros, convertis en francs au cours de référence de la Banque centrale européenne du 25 septembre 2026 (1 euro pour 0,9445 franc), soit 9 445 francs, placés un an au meilleur taux sans condition de retrait bloquante, 0,60 %. Nous comparons ce placement au Livret A, rémunéré 1,7 % depuis le 1er août 2026.

ÉtapeCompte épargne suisse à 0,60 %Livret A à 1,7 %
Intérêts bruts sur un an56,70 francs, soit environ 60 euros170 euros
Impôt anticipé suisseAucun : les intérêts restent sous 200 francs par anSans objet
Impôt françaisPrélèvement forfaitaire de 31,4 %, soit environ 19 eurosAucun : le Livret A est exonéré
Intérêts netsEnviron 41 euros170 euros
Frais de tenue de compte pour non-résidentGénéralement 300 à 500 francs par anAucun
Résultat de l’annéeUne perte de 280 à 490 euros environ+170 euros

Le Livret A est plafonné à 22 950 euros, mais le constat vaut pour des montants plus élevés : sur 100 000 euros, un compte suisse à 0,60 % produit environ 600 euros d’intérêts bruts, ramenés à un peu plus de 400 euros après impôt français, à condition de récupérer l’impôt anticipé suisse retenu au passage, et dont il faut encore retirer les frais de non-résident. Un livret bancaire ou un compte à terme français, imposé de la même façon, se compare alors à armes égales, sans frais ni démarches à l’étranger.

Le change pèse plus lourd que le taux

Le calcul ci-dessus suppose un cours de change stable. Or un épargnant qui vit en France dépense des euros : ce qui compte pour lui, c’est la valeur de ses francs au moment de les reconvertir. À 0,60 % par an, une variation de 3 % du cours euro-franc, ordinaire sur quelques mois, représente cinq années d’intérêts, en gain comme en perte. Un compte épargne en francs est donc d’abord une position sur la devise, et accessoirement un placement rémunéré. Si c’est la devise que vous recherchez, assumez-le comme tel ; si c’est le rendement, le compte suisse ne répond pas à la question.

Et un compte en euros dans une banque suisse ?

Plusieurs banques suisses proposent des comptes épargne en euros, ce qui supprime le risque de change. Les meilleurs taux relevés par bonus.ch le 22 septembre 2026 atteignaient 1,25 % à la Banque cantonale de Thurgovie et 1,00 % à la Banque cantonale de Schaffhouse, jusqu’à 50 000 euros, contre 0,05 % chez UBS. Ces taux restent inférieurs à celui du Livret A, sont imposés en France, et supportent les mêmes frais de non-résident. Un compte en euros à l’étranger n’a d’intérêt que pour répartir ses dépôts entre plusieurs systèmes bancaires.

Ouvrir un compte épargne suisse depuis la France

Les comparatifs suisses sont écrits pour des résidents suisses. Pour un résident français, deux obstacles précèdent la question du taux. D’abord, toutes les banques n’acceptent pas les clients domiciliés à l’étranger : les banques en ligne comme neon exigent un domicile en Suisse, et les établissements qui acceptent les non-résidents réservent souvent l’ouverture à des montants importants. Ensuite, la plupart facturent des frais supplémentaires aux clients domiciliés hors de Suisse, généralement 300 à 500 francs par an selon le comparateur Moneyland ; le Surveillant des prix publie la liste des banques qui les appliquent. Ces frais sont parfois levés pour les jeunes ou au-delà d’un certain niveau d’avoirs.

La procédure elle-même, pièces demandées, premier versement, délais et motifs de refus, est détaillée dans notre guide pour ouvrir un compte en Suisse.

L’impôt anticipé de 35 %, et comment le récupérer

La Suisse prélève à la source un impôt anticipé de 35 % sur les intérêts des comptes bancaires. Les comptes épargne en sont exonérés tant que les intérêts ne dépassent pas 200 francs par année civile, à condition qu’ils soient crédités une seule fois par an. Au-delà, soit à partir d’environ 33 000 francs placés à 0,60 %, la banque retient 35 % de la totalité des intérêts.

Pour un résident fiscal français, cette retenue n’est pas un impôt définitif. En application de la convention fiscale entre la France et la Suisse, les intérêts sont imposables en France, et l’impôt anticipé est remboursable sur demande auprès de l’Administration fédérale des contributions, au moyen du formulaire 83, dans les trois ans qui suivent l’année du versement. Faute de demande, les 35 % restent acquis à la Suisse, en plus de l’impôt dû en France.

Les obligations côté français

Un compte ouvert, détenu, utilisé ou clos à l’étranger au cours de l’année se déclare chaque année avec la déclaration de revenus, sur le formulaire 3916. L’oubli coûte 1 500 euros d’amende par compte et par an, et allonge à dix ans le délai pendant lequel l’administration peut reprendre l’impôt éludé, avec des majorations de 40 % à 80 %. Les intérêts, eux, supportent le prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % en 2026 par la hausse de la CSG sur les revenus du capital. La Suisse transmet automatiquement les informations sur les comptes des résidents français : un compte non déclaré est un compte connu de l’administration.

Le livret suisse n’existe pas

Il n’existe en Suisse ni Livret A, ni livret réglementé, ni équivalent défiscalisé accessible à un résident français. Les banques suisses proposent des comptes épargne, dont nous avons vu les taux. L’expression « livret suisse » n’a donc aucune réalité bancaire, et c’est précisément pour cette raison qu’elle est exploitée par des escrocs.

Les faux livrets suisses à 5 %, 6 % ou 6,5 %

Le scénario est bien documenté. Une publicité ou un site soigné propose un « livret suisse » ou un « livret haut rendement » à 5 %, 6 % ou 6,5 %, garanti, sans frais, ouvert aux résidents européens. Le site reprend souvent le nom, le logo et le numéro d’agrément d’une vraie banque suisse, ou un nom qui s’en rapproche. Un conseiller rappelle, rassure, envoie un contrat en apparence professionnel et demande un virement vers un compte ouvert dans un autre pays. Les premiers intérêts s’affichent sur un espace client, jusqu’au jour où le retrait devient impossible.

En 2025, l’Autorité des marchés financiers et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution ont inscrit plus de 1 300 nouveaux acteurs sur leurs listes noires et publié plus de 240 alertes portant sur de faux livrets ou comptes à terme. Des assureurs et des banques bien réels, comme Swiss Life en France, alertent sur des offres frauduleuses qui usurpent leur nom. En Suisse, l’autorité de surveillance FINMA tient une liste d’avertissement où figurent des sites comme swiss-banque.com, qui imitent l’apparence d’une banque suisse.

Si vous travaillez en Suisse : le 3e pilier n’est pas un compte épargne

Les comparatifs suisses mettent souvent en avant les comptes du 3e pilier A, rémunérés entre 0,10 % et 0,20 % dans les grandes banques en 2026. Ce n’est pas un compte épargne ouvert à tous : il faut exercer une activité lucrative en Suisse et être affilié au 2e pilier. Les versements sont plafonnés à 7 258 francs en 2026 pour un salarié affilié, restent bloqués jusqu’à la retraite sauf cas prévus par la loi, et leur intérêt tient à la déduction fiscale, pas au taux. Un résident français qui ne travaille pas en Suisse ne peut pas y souscrire.

Pour un frontalier, l’ouverture est possible, mais la déduction fiscale dépend de son imposition : elle suppose en pratique le statut de quasi-résident, réservé aux frontaliers imposés à la source en Suisse qui y réalisent l’essentiel des revenus de leur foyer. Pour les autres, le 3e pilier reste une épargne bloquée et faiblement rémunérée, sans l’avantage fiscal qui le justifie.

Ce que garantit vraiment la garantie des dépôts

En cas de faillite d’une banque suisse, les dépôts sont garantis par esisuisse jusqu’à 100 000 francs par client et par banque, tous comptes additionnés. La garantie couvre aussi les clients domiciliés à l’étranger et les comptes en euros ou en dollars, convertis au cours du jour de la faillite. Au-delà de 100 000 francs, la créance entre dans la masse de la faillite et n’est remboursée qu’à hauteur de ce que rapportera la liquidation de la banque, au terme de la procédure. Le système dispose de 7,9 milliards de francs, soit environ 1,6 % des dépôts garantis : il est conçu pour la défaillance d’un établissement moyen, pas pour une crise généralisée.

Deux conséquences pratiques. Au-delà de 100 000 francs, répartir ses dépôts entre plusieurs banques est la seule protection réelle. Et les avoirs du 3e pilier ne sont pas couverts par esisuisse : ils bénéficient seulement d’un rang privilégié dans la faillite, dans la même limite de 100 000 francs. Les titres déposés sur un compte-titres, actions, obligations ou fonds, restent en revanche la propriété du client et ne figurent pas au bilan de la banque.

Points forts

  • Détenir une réserve en francs suisses, en assumant le risque de change
  • Répartir des dépôts importants entre plusieurs systèmes bancaires
  • Pour un résident suisse : choisir le mieux rémunéré parmi des comptes sans risque
  • Pour un frontalier quasi-résident : profiter de la déduction du 3e pilier

Points faibles

  • Chercher un meilleur taux qu'en France
  • Ouvrir un compte pour quelques milliers d'euros, frais de non-résident à la clé
  • Croire qu'un compte suisse échappe à l'impôt français
  • Répondre à une offre de livret suisse à haut rendement

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel compte épargne choisir pour un enfant ou un étudiant en Suisse ?

Les banques suisses réservent aux jeunes des taux plus élevés, mais sur de très petits montants. La Banque cantonale de Genève rémunère ainsi l’épargne jeunesse à 2 % jusqu’à 1 000 francs, puis 0,3 % jusqu’à 30 000 francs, pour les moins de 17 ans. Comparez donc le taux appliqué au montant réellement épargné, pas le taux d’appel. Ces comptes sont destinés aux jeunes domiciliés en Suisse ; certaines banques lèvent toutefois leurs frais de non-résident pour les jeunes.

Un taux de compte épargne suisse est-il garanti ?

Non. Les taux des comptes épargne sont variables et chaque banque peut les modifier à tout moment, en général avec un simple avis. Les taux bonus ou promotionnels ne valent souvent que pour une durée ou une tranche de solde limitées. Seule une obligation de caisse ou un dépôt à terme fixe un taux pour une durée convenue, en échange d’une épargne bloquée.

Faut-il déclarer un compte épargne suisse fermé dans l'année ?

Oui. Le formulaire 3916 concerne les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger au cours de l’année. Un compte clôturé en mars se déclare donc encore avec les revenus de cette année-là, sous peine de la même amende de 1 500 euros par compte.

Notre méthode

Cette page a été entièrement réécrite en septembre 2026. La version précédente présentait des taux relevés en 2013 et citait des établissements qui n’existent plus sous ce nom. Elle regroupe aussi deux anciens articles du site consacrés aux taux d’épargne et aux livrets suisses, dont les informations n’étaient plus à jour. Les taux cités proviennent des barèmes des banques et des comparateurs suisses indiqués sous le tableau, à la date mentionnée ; ils évoluent, et nous les mettons à jour régulièrement. Le calcul du rendement net est le nôtre, établi à partir de ces sources et des taux officiels français.

Pour une approche patrimoniale d’ensemble, consultez notre page de référence sur les manières de placer son argent en Suisse.